KiCad - un outil de partage, d'apprentissage et de développement

Pour notre nouvelle édition de la série intitulée « Mener un projet » (Project Leadership series), nous nous entretenons avec Javier Serrano, coordinateur du projet KiCad au CERN. À travers cette série, nous avons pour objectif de vous faire découvrir les différents projets soutenus par la Fondation CERN & Société en vous présentant le point de vue des responsables de ces projets.

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Javier Serrano à l'œuvre (Image:CERN)

Aidez-nous à comprendre : qu'est-ce que KiCad ?

KiCad est un logiciel libre et open source pour la conception de cartes de circuits imprimés. Les cartes de circuits imprimés sont les cartes électroniques que vous pouvez voir lorsque vous ouvrez votre PC, récepteur satellite, téléviseur ou ordinateur. Elles sont conçues avec un outil similaire à KiCad avant d'être produites à la chaîne.

Qu'est-ce qu'un logiciel libre et open source ?

En anglais, le mot « free » signifie à la fois « gratuit » et « libre ». Mais la lettre F de l'acronyme FOSS (Free and Open-Source Software) signifie bien « libre », car quiconque est libre de consulter le code source du logiciel, de l'étudier, de le modifier, de l'améliorer et de partager les modifications apportées. Il en résulte ainsi un cercle vertueux de partage au sein duquel des personnes apportent des améliorations au logiciel non seulement dans leur propre intérêt mais aussi dans celui de l'ensemble de la communauté.

Comment le projet KiCad est-il né ?

Il y a quelques années, de nombreuses personnes intéressées par la conception de cartes de circuits imprimés se sont heurtées à un manque de logiciels de conception de qualité, libres et open source, d'où l'idée de développer KiCad. Cela a commencé avec le professeur Jean-Pierre Charras, qui voulait un outil à la fois pour enseigner l'électronique à ses étudiants et apprendre la programmation en C++. Il a donc combiné ces deux besoins et entrepris de développer KiCad. Si ses débuts ont été très modestes, KiCad est devenu depuis la norme de facto en matière de conception de circuits imprimés.

Pourquoi KiCad est-il nécessaire ?

Avant que KiCad n'existe, on pouvait certes partager ses conceptions de matériel ouvert, mais pour ouvrir les fichiers et y accéder il fallait disposer des mêmes outils logiciels propriétaires utilisés pour les développer, ce qui a été source de conflits. La meilleure solution pour remédier à ce problème était donc de disposer d'un outil logiciel libre et open source auquel tout le monde aurait accès. De cette façon, lorsqu'on souhaitait publier ses conceptions de matériel ouvert, on était sûr que personne n'aurait besoin d'acquérir un outil propriétaire pour y accéder et les modifier. En fait, certains outils propriétaires peuvent désormais importer des fichiers KiCad dans leurs outils afin de modifier et d'améliorer ces conceptions de matériel ouvert.

KiCad
Détail d'une capture d'écran KiCad montrant un modèle de carte de circuit imprimé (Image : KiCad) 

Où en est le projet KiCad à présent et quelle direction prend-il ?

Nous nous efforçons de rendre KiCad aussi performant et complet que possible. Pour l'heure, KiCad a atteint son objectif initial, à savoir devenir suffisamment performant pour constituer la norme de facto pour tous les amateurs qui réalisent des conceptions relativement simples et souhaitent les partager avec le monde entier.

La phase suivante vise les utilisateurs professionnels, qui conçoivent des cartes de circuits imprimés relativement complexes. En collaboration avec le bureau d'études du CERN, nous étudions les éventuelles améliorations à apporter et utilisons ensuite les dons de la Fondation CERN & Société pour financer leur développement.

Qui travaille pour KiCad ? Comment est-il développé ?

Lorsque nous avons commencé, le développement de KiCad suscitait peu, voire aucun intérêt au CERN. Puis, grâce au Fonds pour le transfert de connaissances (Fonds KT) du CERN, nous avons pu engager pendant quelques années une personne à plein temps pour s'en occuper. Nous avons ensuite commencé progressivement à sous-traiter le travail à des développeurs leaders en la matière, qui sont coordonnés par Wayne Stambaugh, chef de projet KiCad aux États-Unis. Grâce aux dons, nous pouvons les rémunérer pour qu'ils mettent en œuvre de nouvelles fonctionnalités que nous intégrons ensuite dans la branche principale de KiCad.

 

Parlez-nous de vous et de votre rôle en tant que responsable de projet.

Je me suis intéressé au matériel libre par le biais du CERN. À l'époque, on m'avait demandé de diriger la section Matériel et synchronisation des accélérateurs du CERN. Notre mission principale était d'élaborer des kits électroniques réutilisables permettant d'effectuer des contrôles et d'acquérir des données dans les accélérateurs. L'équipe que je dirige est composée pour moitié de concepteurs de matériel et pour moitié de développeurs de logiciels bas niveau qui fournissent un appui pour l'électronique. Dès le début, je me suis rendu compte qu'il y avait une asymétrie entre ces deux groupes. Les développeurs de logiciels étaient en contact avec la communauté Linux où les codes sont partagés en open source. Ils passaient leur temps à partager, à apprendre et à développer sans le verrouillage des fournisseurs. Je voulais la même chose pour les équipes de concepteurs de matériel. C'est la raison pour laquelle j'ai avancé l'idée du matériel libre.

Je coordonne également la contribution du CERN au projet KiCad. Nous identifions les points à améliorer et gérons ensuite les dons pour les traiter.

Il reste bien entendu de nombreux obstacles à surmonter, mais nous espérons qu'à l'avenir, cette initiative pourra servir d'exemple à d'autres communautés, telles que les concepteurs et les ingénieurs en mécanique, qui dépendent d'outils propriétaires. De cette façon, ils pourront peut-être eux aussi passer du statut de simples utilisateurs à celui de contributeurs à un outil qu'ils pourront tous utiliser pour partager, apprendre, développer et éviter le verrouillage des fournisseurs.

 

 


Vous aussi pouvez contribuer au développement de KiCad en soutenant le projet par un don en ligne.