Bourse de doctorat ATLAS: une voie à suivre

Voici un nouvel article de notre série intitulée « Mener un projet » (Project Leadership series). Cette série a pour objectif de vous faire découvrir les activités variées menées sous l’égide de la Fondation CERN & Société en vous présentant le point de vue des responsables et des mentors de ces projets. Aujourd’hui, nous rencontrons Peter Jenni, mentor du programme de bourses de doctorat d’ATLAS. Porte-parole de l’expérience ATLAS de 1995 à 2009, Peter Jenni a également occupé le poste de vice-président de la Fondation CERN & Société de 2014 à 2020. Découvrons tout ce que Peter Jenni a à nous raconter !

Pouvez-vous décrire brièvement le programme de bourses de doctorat d’ATLAS ?

Peter Jenni
Peter Jenni (à droite) avec les lauréats 2020 du programme de bourses de doctorat d’ATLAS 

La bourse de doctorat d’ATLAS permet à des étudiants particulièrement talentueux et méritants de bénéficier des meilleures conditions pour préparer un doctorat à ATLAS. Fabiola Gianotti et moi-même avons créé cette bourse en 2013 grâce au prix spécial de la Physique fondamentale que nous avions reçu. Lorsque nous étions étudiants, Fabiola et moi étions très enthousiastes à l’idée de pouvoir passer du temps au CERN pour travailler sur les expériences. Nous souhaitons maintenant offrir cette opportunité à d’autres — c’est un peu un moyen de rendre la pareille.

Nous pensons que passer 18 mois au CERN et le reste du temps dans l’université d’origine offre une véritable opportunité aux étudiants en vue de l’obtention de leur doctorat. Nous avons bien évidemment une obligation morale de veiller à l’obtention de leur doctorat et, de ce fait, l’institut d’origine les finance également lorsqu’ils sont dans leur université d’origine.

Quels sont les objectifs du programme ?

La vie n’est pas facile pour tout le monde. Fabiola, qui vient d’Italie, et moi, qui viens de Suisse, sommes chanceux. Étudier la physique n’est pas toujours si simple ailleurs. À côté des étudiants très méritants, nous voulions également aider ceux et celles dont le chemin vers des études de physique peut s’avérer plus compliqué. Ce programme n’est bien entendu pas limité aux étudiants provenant d’États non-membres du CERN : les étudiants du monde entier sont invités à poser leur candidature ! Jusqu’à présent, nous avons eu 18 étudiants venant du monde entier.

Comment se déroule le programme ?

La procédure, assez formelle, est gérée par le Département des ressources humaines du CERN. Les étudiants soumettent leur candidature, assortie de certaines pièces jointes obligatoires. Le département HR effectue une première sélection selon les critères d’éligibilité. Les étudiants passent ensuite devant un comité de sélection, composé d’une personne du département HR, d’une personne de la collaboration ATLAS — qui collabore avec le CERN sans y travailler — de Fabiola Gianotti et de moi-même. Nous étudions chaque dossier, effectuons chacun notre évaluation, classons les profils et, lorsque nous sommes prêts, nous nous réunissons pour en discuter. Les décisions sont généralement unanimes ; le seul problème est que nous avons trop de candidats et pas assez de postes !

Ces dernières années, nous avons également invité nos principaux donateurs à observer les délibérations dans le souci d’une évaluation équitable. Les candidatures sélectionnées sont également présentées au Comité des doctorants du CERN, qui procède également à un examen sur le plan administratif, assurant ainsi un contrôle indépendant supplémentaire.

peter jenni
Peter Jenni

Outre votre rôle au sein du Comité de sélection, parlez-nous de votre rôle de mentor

Dès que je le peux, presque tous les mois, j’apprécie de pouvoir discuter de physique et de bien d’autres choses avec les élèves, et de répondre à leurs éventuelles questions d’ordre administratif. Si besoin, je fournis également aux étudiants des lettres de référence sur la base de leur expérience au CERN. Mais l’essentiel du travail de la thèse est réalisé par les étudiants et leurs superviseurs, ici et dans leur institut d’origine. Je sers simplement de guide lorsque cela est nécessaire.

Que recherchez-vous chez le candidat idéal ?

L’excellence est la principale qualité que nous recherchons chez un candidat. Les candidats doivent être très bons en physique expérimentale, mais aussi dans d’autres domaines tels que l’informatique. Chaque candidat fournit une lettre de motivation ainsi qu’un énoncé de recherche, qui nous permet de nous faire une idée de l’originalité de ses idées. Ce n’est bien évidemment pas essentiel, mais cela peut nous aider à voir ce que le candidat a retiré des connaissances qu’il a acquises jusqu’à présent dans le cadre de ses études. Les lettres de référence obligatoires comptent aussi, mais je crois que la lettre de motivation est vraiment celle qui nous permet de cerner le candidat : ses études, son parcours professionnel et les efforts qu’il a dû faire pour parvenir à ce niveau.

Selon vous, quel est le point fort de ce programme ?

Pour moi, la plus belle chose est de voir les étudiants évoluer ! Plus ils prennent confiance en eux, plus ils trouvent leur place dans la collaboration. En effet, beaucoup d’étudiants décident de faire un post-doctorat dans de grandes universités aux quatre coins du monde. Certains se dirigent vers le secteur privé, d’autres vers la recherche ou ailleurs. Un des étudiants a même atterri dans la finance ! J’aime voir les étudiants saisir leur chance et réaliser des choses merveilleuses dans leur vie.

Quel impact a eu ce programme depuis sa création ?

Tous nos étudiants ont fait des choses magnifiques au cours de leur vie. Un des premiers étudiants que nous avons eus est allé travailler à Grenoble dans une installation de rayonnement synchrotron et y occupe aujourd’hui un poste remarquable ! Parmi nos derniers étudiants, Chilufya Mwewa, a travaillé à l’Université du Cap, puis a immédiatement obtenu un poste de postdoctorante au Laboratoire national de Brookhaven. Elle était un peu plus âgée que la plupart des étudiants, du fait d’un passé difficile, mais elle a fort bien réussi, puisque, après avoir été étudiante, elle est devenue l’une de mes collègues ! Je suis extrêmement fier que le fait d’avoir obtenu son doctorat grâce à ce programme lui ait offert autant de possibilités.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs candidats ?

Le premier conseil que je donnerais est de faire preuve de courage et de postuler ! En raison du nombre limité de places offertes, le pourcentage de réussite est assez faible. Il faut par conséquent être prêt à relever le défi du dépôt de la candidature. Mais qui ne tente rien n’a rien ! Chaque candidature doit être assortie d’un projet de recherche et d’une lettre de motivation. Selon moi, ces documents sont d’une grande importance pour la candidature. Nous ne nous attendons pas à ce que les étudiants nous impressionnent avec une longue liste de publications. Ce qui nous impressionne vraiment, c’est le potentiel de l’étudiant qui se dégage de sa candidature. Et je ne peux que me réjouir de l’enthousiasme manifesté par les étudiants dans leur candidature !

Comment le programme est-il financé ?

Comme je l’ai mentionné, Fabiola Gianotti et moi-même avons obtenu les crédits initiaux pour financer ce programme lorsque nous avons été récompensés, conjointement avec les responsables de projet de CMS et les responsables du projet LHC, par le prix Physique fondamentale 2013 pour notre « rôle moteur dans l’entreprise scientifique qui a conduit à la découverte de la nouvelle particule de type Higgs par les collaborations ATLAS et CMS au Grand collisionneur de hadrons du CERN ». Plus tard, la Fondation CERN & Société, dont j’ai été le vice-président du Conseil pendant six ans, a pris le projet sous son aile. Nous avons ainsi pu convaincre de nombreux autres donateurs privés de soutenir le projet pour que celui-ci puisse perdurer encore des années. 

​ Peter Jenni
Fabiola Gianotti (à gauche) et Peter Jenni (à droite) avec les premiers lauréats du programme de bourses de doctorat d’ATLAS, en 2014

Qu’est-ce qui vous a incité à faire don de cette somme substantielle pour créer ce programme ?

Certains prix sont évidemment destinés à être utilisés pour les recherches pour lesquelles ils ont été créés. Mais pour le prix Physique fondamentale, il n’y avait aucune contrainte. Nous pouvions dépenser les fonds comme bon nous semblait. Au début, nous avons plaisanté sur le fait que nous pouvions dépenser cet argent pour nous faire plaisir, et acheter une Ferrari par exemple ! Mais Fabiola et moi avons immédiatement pensé que, si nous avions reçu ce prix, c’est parce que nous étions dans la position privilégiée de pouvoir guider l’expérience (avec tout de même beaucoup de travail !). Nous voulions consacrer cette somme à des projets éducatifs et humanitaires. Nous avions en fait le sentiment d’être déjà récompensés pour le travail pour lequel nous avions été engagés et que nous n’avions pas besoin de retombées matérielles supplémentaires.