Écoutez le témoignage d’Amina

Je m’appelle Amina Sadu, j’ai 21 ans et je suis étudiante en troisième année de licence en physique théorique à l’Université nationale kazakhe Al-Farabi, au Kazakhstan.

En troisième, j’envisageais un avenir dans les arts, plus particulièrement dans la réalisation cinématographique. Mais tout a changé lorsque j’ai découvert l’astrophysique. Cette discipline m’a complètement captivée, ce qui m’a amenée à m’immerger davantage dans l’univers de la physique. À la fin de la 3e, j’avais choisi la physique comme spécialisation. À partir de là, ma passion n’a cessé de grandir, alimentée par les olympiades, les concours et les projets scientifiques. L’étincelle qui s’est allumée en moi à l’époque continue de briller aujourd’hui.

Tout au long de mon parcours, j’ai dû faire face à de nombreux défis, dont beaucoup découlaient des pressions sociales et des stéréotypes de genre. Les femmes comme les hommes sont confrontés quotidiennement à ces préjugés, et leur impact cumulé est profond. Lorsque des rôles sont imposés aux enfants dès leur plus jeune âge, ceux-ci grandissent souvent en se conformant à ces attentes, perpétuant ainsi le cycle pour les générations futures. Je me souviens très bien d’un professeur qui nous disait que les femmes ne pouvaient pas être de bonnes scientifiques parce que leur cerveau « s’assécherait » après 25 ans. J’ai été tellement choquée par cette audace que j’ai imprimé des photos de grandes scientifiques et préparé un exposé pour démystifier ce mythe. Cependant, ce qui m’a le plus frappée, c’est le silence de mes camarades de classe féminines — un silence qui signifiait l’inaction, et une inaction qui permettait aux autres de définir notre valeur.

Pour les femmes, ce silence est un luxe inacceptable.

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Amina au CERN

L’existence de grandes femmes scientifiques prouve que ce processus est loin d’être la norme. Malgré les progrès accomplis pour offrir davantage d’opportunités aux femmes dans le domaine scientifique, la situation n’a pas beaucoup évolué. La stigmatisation persiste dans les milieux scientifiques, politiques et au quotidien, perpétuant l’idée selon laquelle les hommes réussissent mieux que les femmes. Ces attitudes influencent la jeune génération, renforçant ainsi des stéréotypes néfastes. Cependant, le fait d’avoir des modèles comme Hypatie, Marie Curie, Maria Goeppert-Mayer et d’autres femmes brillantes dans le domaine scientifique aide à démanteler ces préjugés. Je suis convaincue qu’à l’avenir, d’autres modèles émergeront, prouvant que la science ne connaît pas de frontières entre les genres — les seules limites sont celles que nous nous imposons à nous-mêmes

Au cours de mon stage d’été au CERN, j’ai éprouvé un profond sentiment d’appartenance. Entourée de personnes honnêtes, ouvertes et passionnées, je me suis reconnue en elles, et elles ont vu la même chose en moi. Nous étions semblables à certains égards, mais différentes et extraordinaires à d’autres. Immergée dans la vie des scientifiques, où des conversations informelles autour d’un café débouchaient sur des discussions approfondies sur des concepts scientifiques, j’ai réalisé que c’était là que j’avais ma place. C’est la vie que je veux mener.

Je suis déterminée à poursuivre mon parcours dans la physique théorique et à construire ma vie autour de cette discipline. J’espère croiser à maintes reprises à l’avenir les amis que je me suis faits au CERN, que ce soit lors de conférences ou en collaborant à des découvertes révolutionnaires.

Si je pouvais un jour inspirer une jeune fille à se lancer dans une carrière scientifique, je considérerais cela comme ma plus grande réussite.

Quoi qu’on puisse vous dire, les mots et les idées peuvent changer le monde.